Je suis maman de 7 enfants. Je suis RQTH. Et malgré ça, chaque matin, je me donne à fond pour la ferme, pour ce lieu que j’essaie de faire vivre, grandir et respirer. J’organise des évènements, des ateliers, des visites. Je partage ce que je sais, ce que j’ai appris, ce que j’expérimente. Et tout ce que je récolte repart pour les animaux : leurs soins, leur nourriture, leur bien-être. Rien n’est “en trop”, tout sert au vivant. Mais ce que beaucoup ne voient pas, c’est la charge de travail derrière. Les journées sans fin. Les imprévus. La fatigue physique. La charge mentale. Les responsabilités qu’on porte seule, même quand on est entourée. Une ferme, ce n’est pas juste un lieu mignon à visiter. C’est du travail, du temps, des sacrifices et une énergie constante. Et il n’y a pas que la critique de la boue. Il y a aussi les remarques sur les animaux qui y sont. Comme si je laissais faire. Comme si je ne voyais pas. Comme si ça ne me préoccupait pas. La réalité, c’est que j’essaie. Tous les jours. Je mets en place des clôtures. J’installe des palettes. Je plante. J’aménage. Je réfléchis à des solutions avec les moyens que j’ai, le temps que j’ai et l’énergie que j’ai. Mais on ne transforme pas un terrain vivant en sol parfait en claquant des doigts. La nature, la météo et le temps font aussi partie de l’équation. Je rencontre aussi des gens pleins de promesses, d’enthousiasme, de projets… et puis plus rien. Je vois passer des personnes qui profitent de mon hospitalité, de mon temps, de mon énergie. J’accueille des services civiques avec l’envie sincère de transmettre, de partager un savoir, une vision… et parfois, je découvre qu’on me tire dans les pattes. Et oui, ça fait mal. Je ne suis ni magicienne, ni superwoman. Je suis une femme qui donne. Beaucoup. Souvent trop. Et parfois, j’ai l’impression de donner, donner… pour me faire poignarder dans le dos. Avant d’être là, j’ai été éducatrice spécialisée. Éducatrice sportive en volley-ball. ASV. Indépendante dans la valorisation de meubles et la déco intérieure. J’ai accompagné, écouté, encouragé, construit. Je sais ce qu’est l’intelligence émotionnelle, la bienveillance, l’écoute et le respect du rythme de chacun. Mais je sais aussi que la critique derrière le dos ne fait pas avancer les choses. Elle n’aide pas à corriger. Elle abîme, elle éloigne, elle décourage. Oui, j’ai mes maladresses. Comme tout le monde. Mais le dialogue existe. La parole existe. Et c’est par elle qu’on grandit, pas par les jugements en coulisses. Je ne cherche pas la perfection. Je cherche le vrai. Des gens fiables. Des mains qui aident plus qu’elles ne commentent. Des regards qui voient le chemin, pas seulement les flaques. La ferme avance. Moi aussi. Avec mes forces, mes limites et ma détermination. Et malgré les déceptions, je continue de semer du vivant, du lien et un peu de douceur dans ce monde qui en manque tant.